ciné-chamanisme, de Lascaux à l'image animée

Après avoir grandi toute mon adolescence en Dordogne, c'est finalement assez récemment que j'ai découvert les peintures pariétales de Lascaux. Malgré que ce soit une reproduction j'ai immédiatement senti une connexion très forte avec ma vocation. Comme si un courant invisible reliait les premières peintures de l'Humanité avec le langage cinématographique. Certains animaux semblaient capturés dans un arrêt sur image, alors que d'autres mis les uns à la suite, composaient une série d'images rappelant l'animation. Immobilisme et mouvement. S'il on pense en plus que les stalactites d'autres grottes portent des marques de percussions régulières, on est pas loin du tout d'un film sonore. Qui sait, peut-être ces espaces sacrés étaient-ils destinés à évoquer des récits mythiques, à l'aide d'images et de musiques. Lascaux, premier cinéma parlant ?

 

Et si, comme les rites chamaniques, le cinéma avait le potentiel d'être un Art de la guérison ? Cette idée n'a cessé depuis de grandir en moi. J'ai donc décidé d'explorer cette intuition, afin de me rapprocher par tâtonnements d'une compréhension de cette réalité au travers du langage cinématographique. Le ciné-chamanisme ne peut donc pas se rapprocher d'un mouvement artistique défini ou être circonscrit par des étiquettes. C'est un horizon, un saut dans le vide, une profession de foi.

Nos angoisses - Ciné-chamanisme 1

Les histoires d'inconnus s'entremêlent. Leurs mains trahissent leurs pensées. Sommes-nous ce que nos mains donnent à voir ?

 

Les premières représentations picturales de l'Humanité comportent des empruntes de mains. Réalisées par projection de pigments, ces mains imprimées sur les parois des grottes sacrées nous informent autant sur les artistes que sur leur vision du monde. La main, pour signifier qu'on est ce qu'on fait, mais aussi qu'il n'y a pas de séparation entre l'action et la pensée.

cinq planètes avant le vide - ciné-chamanisme 2

Cinq personnes entretenant une relation intime à une photo de lieu sans humain. projetée sur chacun des visages et des corps, la lumière de ce paysage intérieur dessine une nouvelle cartographie, comme s'il s'agissait de nouveaux mondes à explorer.

 

Ces cinq récits poétiques de l'imaginaire nous invitent à partager des fragments de vies, des lieux refuge. Comme autant de planètes, éphémères.

"cinq planètes avant le vide" a été projeté au cinéma l'Utopia de Bordeaux dans le cadre du festival "Lignes d'erre" (organisé par Cinéréseaux et NAAIS), le 29 septembre 2018.

(le film n'est disponible que sur demande, par lien privé)


souviens-toi de la forêt - ciné-chamanisme 3

Une traversée hypersensorielle de la forêt et de ses habitants, avant qu’ils ne disparaissent.

 

J’ai fait ce film dans l’urgence, alors que les forêts de Sibérie puis d’Amazonie se sont enflammées. J’ai la chance d’avoir grandi près d’une forêt, minuscule et pourtant bien vivante. Pour la célébrer, je l’ai prise en photo, pas à pas, créant cet effet d’accéléré qui a nécessité pourtant beaucoup de patience.

 

La forêt se réduit, se morcelle, ses habitants disparaissent. Alors je convoque leur esprit avec mes outils.

toutes ces images sur moi - ciné-chamanisme 4

Le quotidien d’une jeune femme au travers des commentaires sur son apparence et les événements qui la questionnent sur l’image qu’elle a d’elle-même. Filmé dans le reflet de son œil.

 

De plus en plus, mes amies, ma sœur ou mon amoureuse me parlent des inégalités entre hommes et femmes, de la pression qu’elles ressentent à devoir se conformer à une certaine image. Plus difficilement parfois elles témoignent être tiraillées entre plusieurs images de soi. Les injonctions même positives se retrouvent ainsi en tension avec les commentaires négatifs ou les modèles stéréotypés. J’ai voulu en savoir plus sur cette souffrance liée à un environnement surchargé de sollicitations et j’ai donc passé une quarantaine d’entretiens avec des femmes (soient via les réseaux sociaux soient dans la rue).

 

De ces témoignages, j’en ai tiré une série de scènes du quotidien et de commentaires pour en faire un film. On voit les différents événements et images qui sont autant de sollicitations stressantes, et on entend les différents commentaires dans une accumulation de plus en plus déstabilisante ; jusqu’à un point d’orgue, après lequel j’ai tenu aussi à mettre des moments rapportés comme étant “ces moments où on peut faire la paix avec son corps.”Un œil en plan séquence, mais à chaque clignement d’œil, il y a un changement d'image dans le reflet de l'iris. On ne sort de cet extrême gros plan qu’à la toute fin, lorsque la caméra recule. Pourquoi ce cadrage ? Je veux créer un effet claustrophobie, qu’on sente une gêne à être aussi près. Il me semble aussi important de signifier où se joue cette guerre des images. Rester uniquement en point de vue subjectif tendrait à renvoyer cette guerre à une question d’intériorité. Or c’est bien tout un environnement toxique et son effet sur une personne que je veux mettre en scène, en même temps. Ainsi se joue dans la même unité : action et réaction, champ et contrechamp.